Comment faire le deuil d’un enfant disparu ?

Comment faire le deuil d’un enfant disparu ?

Comment faire le deuil d’un enfant disparu ? Sur cette question délicate car douloureuse, la réponse du père Alain Bandelier, sur la question du corps et du deuil(*).

Les enfants non-nés ? Nous avons connu cette épreuve ; comment faire le deuil de cet enfant “disparu”? Nous avons fini par enterrer des objets qui le représentent et nous venons nous recueillir là…

Ce témoignage, dont je ne cite que quelques lignes, confirme que ces événements douloureux appellent un accompagnement de l’entourage et aussi du Seigneur, alors que la société en général et l’hôpital en particulier, ne sachant quoi faire, évacuent le problème et hésitent beaucoup à répondre à une demande de remise du corps. Pourtant, d’une manière ou d’une autre, au plan psychologique, il y a un chemin de deuil à faire. Et au plan spirituel, un chemin d’offrande. En ce sens la souffrance elle-même peut être une bonne chose : elle témoigne en nous de la réalité et de la dureté de la séparation, elle atteste en même temps la vérité du lien qui nous unit, elle nous empêche de passer trop vite ces seuils cruciaux de l’existence où se dessine notre destinée et se forge notre visage intérieur.

Je le constate souvent : ceux qui s’aiment le plus sont ceux qui souffrent le plus. Pourtant, au cœur de cet amour et au creux de cette souffrance, ils reçoivent une mystérieuse consolation. Au moment même où ils ont la sensation de tout perdre, ils savent (ou du moins ils pressentent) qu’ils gardent l’essentiel : la présence intime de l’aimé, au-delà de tout signe, de toute parole, de tout contact ; en effet, la grâce (- le don-) leur a été donnée, avant, à travers les gestes et les mots de la terre, de se rejoindre dans l’invisible et de communier dans le silence. Déjà dans l’éternel.

On voit aussi l’importance du rite pour avancer sur ce chemin (lire aussi : peut-on avoir des funérailles sans rites ?). Dire une prière, fleurir une tombe, regarder une photo… Ces choses tellement simples ne sont pas, ne devraient pas être un retour en arrière ou un enfermement dans la tristesse. Elles sont au contraire un mouvement vers l’aimé et vers le Seigneur, un pèlerinage intérieur vers ce mystérieux là où il est. L’enterrement est bien nécessaire : tu es poussière et tu retourneras en poussière. Mais il n’est que l’envers de ce qu’on appelle parfois l’encièlement : puisque Adam est pétri de terre, comme lui les hommes appartiennent à la terre ; puisque le Christ est venu du ciel, comme lui les hommes appartiennent au ciel (1).

La liturgie des obsèques affirme que la mort est un passage vers le bonheur, le repos, la lumière, in Paradisium (-au Paradis-), sans cacher que cela peut passer par une purification nécessaire (ce qu’on appelle chez les cathos le purgatoire).

Mais, dira-t-on, comment faire, lorsque précisément le corps a disparu, comme dans le cas évoqué ici, ou dans certains accidents tragiques, ou encore lorsque le défunt a fait don de son corps à la science ? Il ne faut pas cacher la difficulté. Cela renforce la sensation que le mort échappe. Pourtant, comme je l’ai laissé entendre, la présence du corps n’est pas une absolue nécessité. Certes, dans une perspective chrétienne, le corps est sacré, il est temple de l’Esprit (-de Dieu-). Mais le corps mort est-il encore le corps humain ? Dans la liturgie des funérailles, le cadavre est seulement honoré, en mémoire du corps (vivant) qu’il a été, et de l’âme qui l’a habité.

L’amour et la prière pour les défunts s’adressent non à leurs cendres, mais à leur personne immortelle. Il y a une façon de parler du mort qui est païenne : on veut qu’il soit «bien» dans son cercueil, on va le «voir» au cimetière. On fait comme si c’était «lui», alors qu’il faut se rendre à l’évidence : il n’est plus là. Pourtant l’Eglise a le culte des reliques, dira-t-on. Oui, mais sans idolâtrie. C’est une bonne comparaison. Les reliques ne sont que trace et signe. Si on les honore, c’est parce que, comme les images et les statues, elles conduisent à 1’invisible.

(1) Dans la Bible, lire la lettre aux Corinthiens chap. 15, verset 48.

(*) Extrait du livre Simples questions sur la vie chrétienne, éditions CLD.

 

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