Comment mourir dans la dignité ?

Comment mourir dans la dignité ?

Toute le monde veut mourir dans la dignité. Qui ne le souhaite pas ? L’expression contient un piège, car tout être humain reste digne, quoiqu’il subisse. Digne de vivre, digne d’être soigné, digne d’être aimé, quelque soit son âge et son état. Personne ne peut retirer à un homme sa dignité, parce qu’elle est propre à l’homme, tout comme sa liberté…

En effet, derrière la revendication de « mourir dans la dignité », on trouve des personnes qui ont souffrent beaucoup elles-mêmes, et qui pensent que l’être humain n’est pas digne d’être en pleine possession de ses moyens. La dignité serait une valeur relative ; cella deviendrait un droit, voire un devoir, de quitter l’existence quand on aurait atteint un seuil de ‘déchéance’ (terme lui aussi sujet à caution) jugé incompatible avec la poursuite de la vie.

Prétendre tuer par amour, c’est préférer inverser le message de l’Évangile et transgresser un interdit naturel sans lequel l’humanité est totalitaire. Derrière
cette idélogie, il y a des peurs bien naturelles qu’il faut reconnaître pour ce qu’elles sont. Peur de souffrir et, paradoxalement, peur de mourir. On préfère provoquer la mort, plutôt que de consentir à son caractère imprévisible, ce qui nous donne alors l’illusion d’en rester maître.

Heureusement, il ne s’agit pas de se laisser envahir par la douleur ou la souffrance sans rien faire, ni d’abandonner ceux qui souffrent à leur triste sort. L’acharnement thérapeutique peut aussi être un danger : d’où l’intérêt des soins palliatifs.

Nous sommes appelés à récuser à la fois cet acharnement dont le corps médical se rendrait coupable, et l’euthanasie, surtout sous le masque d’un droit de mourir dans la dignité qui cache en réalité un suicide déguisé en compassion. En effet, l’euthanasie consiste à administrer délibérément la mort sous prétexte d’effacer toute souffrance – ou de vouloir décider du moment exact de sa propre mort.

Les critères de l’intention et du résultat sont déterminants et non pas celui des moyens utilisés. À ce titre, le fait de s’abstenir de soigner n’est pas moins grave que celui d’administrer un produit létal, si le résultat recherché est le même : faire mourir.

Les équipes soignantes sont par ailleurs appelées à discerner jusqu’où aller dans l’engagement thérapeutique et à partir de quand s’en abstenir, parce que les traitements relèveraient d’une “obstination déraisonnable ». Il ne s’agit pas de maintenir artificiellement une personne en survie ni de prôner la vie à tout prix. Entre les deux extrêmes d’une médecine de toute-puissance qui s’arrogerait soit le droit de tuer soit celui d’administrer des traitements inutiles ou disproportionnés, il y a la place pour une médecine raisonnable, équilibrée, et pour les soins palliatifs.

Quand on ne peut plus guérir une personne malade, il reste heureusement à la soigner et l’accompagner sur tous les plans: physique et psychologique, sans omettre la dimension spirituelle qui est essentielle à la fin de l’existence terrestre. Contrairement aux idées reçues, les soins palliatifs sont aussi des
soins techniques et pas seulement relationnels: la lutte contre la douleur, par exemple, a fait d’énormes progrès.

Derrière le débat d’opinion, se profile le risque d’une société qui, pour fuir la souffrance, devient prête à éliminer le souffrant, au lieu de s’en faire proche. Cette société de désespérance, que le délitement des liens familiaux favorise, risque de « gérer » les fins de vie difficiles selon des critères inhumains, matérialistes, en prétendant les mourants inutiles et coûteux. Or, jusqu’au bout de leur parcours, ils nous délivrent des messages de vie, témoignant que les personnes dépendantes n’ont jamais rien perdu de leur dignité.

Source : J.M.L., d’après un article d’Il est vivant!

Témoignage : « Une larme m’a sauvée » 

Angèle n’a rien oublié de son terrible et long cauchemar. Surtout pas ce moment où, pour montrer aux externes « comment on voit qu’une personne est vivante ou morte », on lui a tordu le téton en concluant « vous voyez, pas de réaction » alors qu’elle ressentait une douleur insupportable…

« Il va falloir la débrancher. Plus rien ne fonctionne à part le cœur », dit aussi un médecin à son mari, dépité. Celui-ci essaye de mettre de la musique, pour la maintenir en vie. « Au début, je fredonnais à l’intérieur, et puis c’est devenu un cauchemar ça aussi, admet Angèle. Les mêmes chansons en boucle, tout le temps ! » Raymond finira par aller choisir le cercueil, en chêne clair capitonné de satin blanc. Les obsèques sont fixées au 20 juillet. Mais Raymond se ravise face au chagrin de leur fille Cathy et de leurs deux petites-filles… « J’étais perdu, avoue-t-il. Je la voyais morte, mais je ne pouvais pas accepter qu’on la tue. »

Jusqu’au jour où, pour leur anniversaire de mariage, une larme coule le long de la joue d’Angèle…

Sur son histoire :
Interview audio sur RTL
Article du Parisien

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