Dans la chambre 110

Dans la chambre 110

Par Nicolas Martinet, Directeur d’EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) et auteur du livre Le grand âge est à l’abandon.

Dans la chambre 110, Madame Adrienne gît sur son lit. Elle bouge à peine, ne regarde plus, ne parle plus. Entend-elle ? Peut-elle encore sentir ? Je n’ai pas la réponse. La perf coule goutte à goutte semblant égrener le temps qui lui reste à vivre. Son visage émacié a perdu toutes expressions et semble attendre quelque chose. Le grand départ est-il pour tout à l’heure, pour demain, peut-être dans une semaine, un mois, qui sait ? Mais voilà ! Les semaines passent. 2000€ par mois ça coûte.

Et il y a cette famille qui attend. Avez-vous pensé à cette famille, épuisée qui attend désespérément la place ? Et cette solitude qui est si pesante. Un salarié pour 10 ne donne que très peu de temps pour tenir cette main parcheminée qui de temps à autre se ballade sur le drap à la recherche d’une autre main qui ne viendra pas ou viendra trop tard.

Les jours passent, la facture s’alourdit, l’héritage est entrain de fondre, la famille qui attend la place s’impatiente. Pourquoi ? Pourquoi attendre ? Voilà des semaines que cela dure. Pourquoi ne pas activer le cours des choses puisque de toute façon la fin est bientôt là. Silence.

Puis ce matin, arrive dans la chambre : Marie, sa petite fille. Marie prend la main toute fripée de sa grand-mère et doucement, tout doucement entonne une chansonnette. Vous savez cette chansonnette si souvent entonnée autrefois sur les genoux de Grand-Mère. Deux petits diamants, jusqu’alors cachés sous les fines paupières réapparaissent dans tout leur éclat. Les deux regards se croisent longuement puis tout à coup sur le visage parcheminé surgit un sourire lumineux. Marie se lève embrasse sa grand-mère « grand-mère c’est moi. Je t’aime »

Silence

Madame Adrienne s’endort… définitivement.

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