L’univers a-t-il été créé par Dieu ?

L’univers a-t-il été créé par Dieu ?

L’univers a-t-il été créé par Dieu ? La réponse de Paul Clavier, philosophe normalien (*).

Lavieaprèslamort.com : Les chrétiens sont créationnistes. Ils croient naïvement que le monde a été créé par Dieu il y a 6000 ans en 6 jours et qu’il l’a livré aux hommes « prêt à l’emploi » ! Mais la théorie du Big Bang explique scientifiquement la naissance du monde. Elle ruine donc le mythe de la création du monde par Dieu…

Paul Clavier : Le récit du livre de la Genèse (« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ») n’est pas un compte-rendu scientifique des premiers instants de l’univers. Il s’agit d’un mythe des origines, à ne pas prendre au pied de la lettre. Mais mythe ne veut pas forcément dire mensonge. Ce récit propose en fait de répondre à une question plus radicale : « Pourquoi y a-t-il quelque chose, plutôt que rien ? »  Les théories scientifiques ne s’interrogent pas sur le pourquoi ultime des choses. Leur fonction est seulement d’expliquer les différents états de l’univers, à partir de conditions initiales et de lois physiques : c’est déjà beaucoup. Mais aucune théorie scientifique sérieuse ne peut prétendre expliquer la naissance du monde à partir de rien. Car rien ne naît de rien ! La théorie du Big Bang explore aussi loin que possible, en termes physiques, le passé de notre univers : mais elle ne nous dit pas ce qui fait qu’il y a un univers.

Ce qu’on appelle « la création » n’est en réalité pas un événement physique. Croire à la « création », c’est affirmer que tout ce qui existe doit, en définitive, son existence à Dieu. Il y a des raisons de le croire, parce qu’autrement on va devoir admettre que tout ce qui existe dans l’univers existe par lui-même. Ce n’est pas impossible, mais est-ce bien le cas ? Comment se fait-il que des objets indépendants se soient mis à obéir à des lois, à entrer dans des structures régulières que la science peut étudier avec succès ? Un univers sans Dieu ne devrait-il pas être un pur chaos ? On peut donc croire que Dieu a créé le monde sans pour autant être créationniste, c’est-à-dire sans faire une lecture fondamentaliste du récit de la Genèse.

Lavieaprèslamort.com : Justement, pour les scientifiques, la création du monde et de toutes les espèces est le fruit d’un formidable hasard. L’homme est donc le produit accidentel d’une évolution et non d’une création. Il n’est pas né d’une soi-disant volonté d’amour de Dieu…

Paul Clavier : Là encore, il s’agit d’un débat philosophique. La physique permet de remonter à une soupe primitive très dense et très chaude (l’univers au « moment » du Big Bang), dont l’explosion va donner lieu à la formation de galaxies, de planètes et, sur l’une d’elles, à l’évolution d’organismes en mutation aléatoire. Mais la physique et la biologie évolutionnistes n’expliquent pas tout. Derrière ces processus physiques, il est légitime, et peut-être même plus cohérent, de supposer que c’est une personne, Dieu, qui a décidé de donner l’existence et de lancer l’aventure de la vie. L’évolution ? C’est la manière dont les organismes sont sélectionnés. La création ? C’est le pourquoi ultime ou la cause première de tous ces processus.

Lavieaprèslamort.com : D’accord, même si vous reconnaissez que la théorie de l’évolution a du vrai, la théorie de Darwin reste incompatible avec votre foi puisqu’elle dit clairement que l’homme descend du singe. Adieu donc le mythe d’Adam et Ève et la création de l’homme par Dieu !

Paul Clavier : Encore une fois, le livre de la Genèse n’est pas un traité de biologie. C’est un récit à caractère mythologique qui affirme que l’ordre de la nature, les espèces animales et l’homme ont été voulus par Dieu. La question de « l’hominisation » (à partir de quand et comment se sont développés les premiers hominiens) est une question factuelle. Laissons-la aux spécialistes de paléontologie. Mais, quelle que soit la proximité génétique de l’homme avec d’autres rameaux de l’évolution, il faut être aveugle… pour prétendre que l’homme est un animal quelconque parmi les autres. Capable du meilleur comme du pire, il exerce une responsabilité morale, esthétique, sociale sans équivalent sur terre. L’idée qu’il est à l’image et à la ressemblance du créateur est loin d’être idiote. La Bible affirme que dans la création, il y a une relation spéciale, personnelle entre Dieu et l’être humain. Et une vocation particulière à exercer une responsabilité sur l’ensemble de la planète. C’est ce qui motive l’affirmation que l’âme n’est pas réductible au cerveau, mais qu’elle est une réalité d’un autre ordre, spirituel.

Lavieaprèslamort.com : L’Église est contre la théorie de l’évolution pourtant admise par tous les scientifiques. Elle s’oppose, comme toujours, au travail de la science et entretient l’obscurantisme intellectuel.

Paul Clavier : C’est totalement faux. L’Église catholique reste simplement prudente avec les extrapolations de résultats scientifiques. Mais sa position sur la théorie de l’évolution est claire : Jean-Paul II a reconnu que c’était « plus qu’une hypothèse  ». Quant à l’obscurantisme…

Le mouvement de la terre a été théorisé par Copernic, chanoine polonais ; la génétique, découverte par le moine Gregor Mendel, et la théorie du Big Bang a été inventé par l’abbé Georges Lemaître. Bien sûr il y a eu, à certaines époques, des réactions tendues et des condamnations. L’Église a demandé pardon pour ces réactions et réhabilité  l’oeuvre scientifique de Galilée… Un bilan objectif conduit à reconnaître que l’Église a bien plus encouragé les arts et les sciences qu’elle ne les a condamnés.

Lavieaprèslamort.com : Si un Dieu d’amour avait vraiment créé le monde, comment expliquer toutes les catastrophes nature l l e s  qui tuent autant d’hommes ? Aurait-il créé le monde avec un vice caché ?

Paul Clavier : L’existence du mal naturel (catastrophes, épidémies) peut donner le sentiment que Dieu a piégé sa création ou qu’il abandonne ses créatures. Au lieu de crier au scandale, on peut retrousser ses manches, inventer des vaccins, construire en zone non inondable et porter secours aux victimes des catastrophes. C’est là que réside la dignité humaine. Par ailleurs, est-ce que nous ne sommes pas un peu fous de rêver d’un monde sans maladie et sans mort ? Nous serions indemnes de tout et, quoi que nous ferions aux autres, il ne leur arriverait rien ? Alors, ce serait un monde sans responsabilité véritable, où rien n’aurait d’importance. Mais notre monde n’est pas un jeu vidéo. Le mal y est réel. En outre, pour ce qui est du mal moral (cruauté, mensonges, violence humaine), il semble être la contrepartie de la liberté accordée à l’homme. En effet, nous ne sommes pas des marionnettes programmées pour faire automatiquement le bien.

Lavieaprèslamort.com : Soit. Mais, quand bien même je croirais que Dieu a joué un rôle important dans la création du monde, depuis, la création suit son cours librement et il semble la regarder d’en haut bien tranquillement…

Paul Clavier : Alors comme ça, Dieu, mis en préretraite, assisterait peinard à la suite du spectacle ? Il y a un problème : si une chose a besoin de Dieu pour venir à l’existence, alors comment aura-t-elle le pouvoir de prolonger d’un seul instant son existence ? Sans doute, c’est assez vertigineux de penser que nous devons à chaque moment notre existence à un créateur. Notre orgueil en prend un coup… Mais c’est peut être aussi l’occasion de se tourner vers lui avec gratitude, de remercier celui à qui nous devons tout : « Et comment un être quelconque aurait il subsisté, si toi, tu ne l’avais pas voulu ; aurait-il été conservé sans avoir été appelé par toi ? » (Livre de la Sagesse, fin du ch. 11).

(*) Agrégé et docteur en philo, il enseigne dans une grande école à Paris. Amateur de clarinette klezmer, il est passionné de dialogue croyants-athées et par les raisons que nous avons de penser que le monde ne s’est pas fait tout seul. 

Source : d’après L’1visible.

 

 

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