Sondages : quel est notre rapport à la mort ?

Sondages : quel est notre rapport à la mort ?

La fête de la Toussaint, est, pour les Français, l’occasion de se rapprocher de leurs proches défunts. D’ailleurs, pas moins de 170 millions d’euros sont dépensés chaque année chez nos fleuristes aux alentours du 1er novembre. Mais quels rapports les Français entretiennent-ils vraiment avec la mort ? Eléments de réponse à travers cinq chiffres marquants.

48 % des Français pensent souvent à la mort

A en croire un sondage Ifop en date d’octobre 2014, 48% des Français déclarent penser « souvent » (14%) ou « assez souvent » (34%) à la mort, un chiffre stable dans le temps. Les plus âgés (55% des 65 ans et plus), les catholiques pratiquants (57%) et les fidèles des « autres religions » (57% aussi), qu’ils soient pratiquants ou non, pensent davantage à la mort que la moyenne. Seuls 8% des sondés admettent ne jamais y penser. Autre enseignement important de ce sondage : 37% des Français confient ne pas trouver d’oreille « suffisamment attentive » pour parler de la mort, notamment après celle d’un proche. Après un tel évènement, 38% des sondés disent ressentir de l’amour pour le proche défunt, 25% s’interrogent sur « la fragilité de l’existence » et 14% contractent des « regrets ».

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21% des Français ont peur de la mort

Selon un précédent sondage Ifop paru en 2010, seuls 21% des Français disent avoir « peur » de la mort. La peur de perdre un proche est, en revanche, bien plus importante : 68% des Français vivent avec la peur de perdre quelqu’un. Plus on a été confronté à la mort durant sa vie, plus  la peur de la mort semble diminuer : 69% des veufs et 60% des personnes ayant failli mourir déclarent ne pas avoir peur. Les croyants sont également 60% à déclarer ne pas craindre la mort. « Les peurs ne concernent plus l’au-delà. Les principales sont la peur de souffrir, d’être dépendant et de mourir seul. Le peur de devoir laisser ses proches semble désormais primer sur la peur de mourir », décryptait en 2012 le sociologue Tanguy Châtel, dans une vaste étude qualitative menée pour les professionnels du funéraire. (Lire notre article : faut-il avoir peur de la mort ?)

52% des Français préfèrent l’inhumation pour un proche

Une majorité de Français (51%) disent préférer, pour eux-mêmes, la crémation à l’inhumation (enterrement), selon un sondage Ipsos en date de 2015. Mais ce chiffre cache de nombreuses disparités : les croyants pratiquants sont 80% à préférer l’inhumation par exemple. Plus surprenant : les moins de 35 ans sont majoritaires à (60%) vouloir se faire enterrer. « On aurait pu penser que les jeunes auraient choisi quelque chose de moins traditionnel. Ce choix s’exprime davantage chez les jeunes qui se disent pratiquants, de religion non catholique : juifs, musulmans, protestants« , analysait, en octobre 2015, Etienne Mercier, de l’institut Ipsos, sur Europe 1. Les Français sont, en outre, majoritaires (52%) à déclarer préférer l’inhumation pour un proche. Les séniors, à l’inverse, préfèrent la crémation (57% des plus de 60 ans), tout comme les non croyants (69%), que cela soit pour un proche ou pour eux-mêmes. (Lire notre article : crémation ou inhumation ?).

De manière générale, les Français semblent encore attachés à l’aspect cérémonial des funérailles, que cela soit dans le cadre d’un enterrement ou d’une crémation. 77% des Français déclarent en effet vouloir une cérémonie pour leurs obsèques, et 76% pour celles de leurs proches, indique l’Ipsos. 53% se prononcent même pour une cérémonie religieuse et 23% pour une cérémonie civile. D’après une enquête du Crédoc-CSNAF de 2009, les éléments jugés les plus importants sont le choix du lieu de la cérémonie (74 %), la diffusion de musique et de textes (62 %) et la présentation du défunt avant la fermeture du cercueil (48 %). (Lire notre article : comment organiser un enterrement ?).

« Aujourd’hui, il faudrait ‘réussir’ sa mort comme tous les aspects de sa vie (lire aussi notre article tiré du livre réussir sa mort). Il faudrait ainsi réussir sa vieillesse, sa fin de vie, ses obsèques, celles de ses proches, son deuil […] Cette pression pèse sur chacun de manière constante et insidieuse », commente le sociologue Tanguy Châtel, qui constatait (sans chiffrer) des besoins « accrus » d’information, de conseil et d’assistance de la part des Français envers les pompes funèbres, dans son étude de 2012. Pour autant, qu’est-ce que mourir correctement si ce n’est mourir dignement, entouré de ses proches ? (Lire notre article : qu’est-ce que mourir dans la dignité ?). Et si c’était accepter l’échec et la peur ?

9 Français sur 10 vont au cimetière

Selon l’enquête de 2009 du Crédoc/ CSNAF, près de 9 Français sur 10 se rendent au moins une fois dans l’année au cimetière pour aller se recueillir sur la tombe d’un proche. Le jour de la Toussaint, la proportion passe même à 70%. Toutefois, « parmi les personnes qui ont assisté à la crémation d’un proche ces cinq dernières années, 8 sur 10 déclarent que le souvenir s’entretient surtout par la pensée, sans avoir besoin de se recueillir. Fait notable, 7 sur 10 considèrent que le fait de ne pas pouvoir se recueillir sur un lieu physique où repose le défunt ne leur manque pas du tout », ajoute un article du Nouvel économiste, au sujet de l’étude Crédoc/CSNAF. Cet article nous apprend également que les Français dépenseraient tout de même chaque année près de 870 millions d’euros en urnes et fleurs pour entretenir les tombes !

Si elle n’est pas encore chiffrée dans une étude, l’importance d’internet dans l’hommage des défunts s’accroît également. Mémoriaux en ligne, pages Facebook consacrées à un proche décédé, cimetières virtuels, avatars de défunts sur des jeux en ligne… La pratique prend de l’ampleur, à en croire les travaux du sociologue Martin Julier-Costes. Internet « constitue un lieu commun pour échanger sur l’organisation des funérailles et adresser des messages aux proches, mais aussi au mort lui-même« , analysait-t-il dans Le Monde en 2013 (lire aussi : peut-on parler avec les défunts ?). « A l’image d’une tombe dans un cimetière, la page Internet permet d’individualiser une mort à l’intérieur d’un espace collectif partagé. Pour les amis, c’est une manière de marquer cette mort au sein du groupe des pairs. Tout en la rendant publique et visible pour un collectif qui les dépasse, puisque tout le monde peut venir visiter la page », poursuivait-il (voir par exemple l’excellent site d’Anne-Sophie Tisserand, un beau témoignage d’espérance).

46% des Français pensent qu’il y a « quelque chose » après

46% des Français pensent qu’il y a « quelque chose » après la mort, d’après une étude Sofres de 2010. Par quoi les Français traduisent-ils ce « quelque chose » ? Une autre enquête du CSA en date de 2007 donne des éléments de réponse : 53% des Français pensent qu’il y a « quelque chose » mais « ne savent pas quoi ». Pour l’institut CSA, 10% croiraient tout de même en « la résurrection des morts », 9% en la « réincarnation » (lire notre article : résurrection ou ré-incarnation ?).

La fête des mort, vous êtes sûrs ? Quelque part au début du IXe siècle, le pape Grégoire IV ordonna que la fête de la Toussaint devait être célébrée chaque 1er novembre dans l’ensemble du monde chrétien. Mais à l’origine, ce jour était destiné à rendre hommage aux saints et aux martyrs. Dans la liturgie catholique, la « commémoration des fidèles défunts » a en réalité lieu le lendemain, le 2 novembre, et ce depuis le XIIIe siècle. Mais c’est bien le 1er novembre qui s’est imposé comme « fête de tous les morts » dans la culture populaire, dans de nombreux pays de tradition chrétienne (lire notre article : La Toussaint, c’est quoi ?).

Sources : d’après un article d’Europe 1

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