« Je suis passé de la mort à la vie » 

« Je suis passé de la mort à la vie » 

Il n’y a pas toujours besoin de mourir pour revenir à la vie ! Témoin, Jacky, ancien détenu, qui après avoir vécu plusieurs années en prison a fondé une maison d’accueil pour ceux qui en sortent.

J’ai perdu ma mère à 17 ans. Je ne l’ai pas accepté. J’ai été garçon boucher jusqu’à 18 ans, puis patron d’une petite entreprise de transport jusqu’à 27. Là je me suis révolté et j’ai pris un flingue… Un peu plus tard, ayant été trahi par de  amis, je suis arrêté et inculpé de tentative de meurtre et de prise d’otage sur gendarme. Je risque donc deux fois perpétuité. Je suis un DPS ministériel: « détenu particulier à surveiller ». En prison à la Santé, je ne suis pas isolé immédiatement parce que mon dossier est retardé.

Alors Dieu existe !

Dans ma cellule, un gars me dit : « Ce soir si tu veux, on fait du spiritisme ». Je ne sais pas ce que c’est. Cette séance a lieu. Elle a sur moi un impact énorme. En date d’aujourd’hui, c’est différent. Je sais que la Bible condamne le spiritisme. Elle n’a donc aucune valeur pour moi, elle a seulement été le point de départ (lire aussi : Jésus m’a libérée du spiritisme). J’y ai vu la preuve d’une vie après la mort. J’ai dit: « Alors Dieu existe ! »

Et à partir du moment où j’ai dit ça, c’était un vendredi soir, jusqu’au mardi, je suis rentré des pieds à la tête dans une douceur infinie. C’était physique. J’ai aussi eu l’impression qu’un voile se déchirait de gauche à droite à l’intérieur du front. En se déchirant, on aurait dit que je devenais intelligent d’un seul coup. Avant j’étais instinctif, intuitif, impulsif, je raisonnais à peine et je ne savais pas m’exprimer sur ce que je pensais… et je ne pensais même
pas de toute façon. A partir de là, j’ai eu du discernement, de la lucidité.

Un amour pour tous les hommes

J’ai vécu là une perception, une sensibilité que je n’avais jamais eue. Je me suis mis à éprouver de l’amour pour tous les hommes. Avant, il m’était plus facile de mettre mon poing dans la gueule d’un type que de lui dire que je l’appréciais ou que je l’aimais. Je n’y comprenais plus rien ! J’éprouvais de l’amour pour tous les hommes… Même pour les surveillants, alors qu’un surveillant, je l’aurais tué la veille ! Les séries noires ne m’intéressaient plus !

Plein de choses comme ça. J’ai dit à mon ami : « On dirait que je viens au monde ! Je ne comprends plus. Les gars biens d’hier sont devenus des pourris, et les pourris des gars biens ! » J’étais redevenu honnête. J’ai rencontré alors l’aumônier qui m’a prêté une Bible. Je l’ai lue et rejetée. Là-dessus, mes inculpations sont arrivées et j’ai été transféré dans le Nord. J’ai été placé en QHS (quartiers de haute sécurité) qui existaient encore à cette époque: ce sont des cages à l’intérieur même des cellules. La prison, c’est déjà tout à fait déshumanisant. Mais quelqu’un qui est en QHS, au bout de deux mois, ou bien c’est devenu un fauve ou bien il est complètement cassé et ne pense plus qu’à tuer le directeur. J’y suis resté dix mois.

J’ai repris la Bible et je me suis mis à dévorer toutes sortes de livres de philosophie, psychologie etc. Cela m’a convaincu qu’il y a une Intelligence qui gère ce monde : c’est évident, ça se voit. Puis j’ai voulu appliquer la Bible. J’ai rencontré l’aumônier de la prison, le père Philippe Maillard, qui est devenu mon père spirituel. Je me suis marié et j’ai fait baptiser ma fille en prison.

Je suis passé de la mort à la vie

Quand j’ai été arrêté, la trahison de mes amis m’avait laissé comme mort. Je savais que je ne sortirai pas avant l’âge de soixante ans. Donc ma femme et ma fille, c’était fini. J’étais mort intérieurement, incapable d’un acte de générosité. J’étais pris par une haine terrible contre ceux qui m’avaient trahi. Surtout que c’étaient des amis. J’y pensais tout le temps. Je ne pouvais pas leur pardonner. Et je ne le voulais pas ! Mais à force de lire la Bible, un beau jour,  j’ai fait ce qu’elle me disait. J’ai demandé à Dieu qu’il m’enlève cette haine. Combien de temps ? Je ne sais donc pas. Je l’ai demandé. Mais toujours avec sincérité, en pleine conscience, parce que je ne voulais plus vivre ça.

Je n’étais pas libre. Un après-midi vers 3 heures, je me suis dit: « Tiens, je n’ai pas pensé à eux ce midi, ce matin non plus. » Et voilà, c’était parti. Merci Seigneur ! Je ne peux pas le dire autrement. Tout cela, je l’ai reçu. Cela ne vient pas de moi. J’ai été régénéré, j’ai retrouvé le goût de la vie et un cœur d’enfant. Ma manière de regarder les autres a changé : plus de préjugés, plus de condamnations.

Je suis devenu le dernier

J’ai beaucoup souffert en prison. On me traitait comme le garçon que j’avais été et que je n’étais plus. Et puis les gars en profitaient. Quand j’ai commencé à appliquer la Bible en prison, on a d’abord rigolé de moi. Je suis devenu le dernier, moi qu’avant on craignait parce que j’étais le plus fort. On m’a volé, écrasé, on m’a sauté dessus. Vers la fin, à la Santé, je me suis fait démolir. J’ai pris des coups de pied dans la tête, j’étais par terre, je ne bougeais pas. Le directeur de la discipline m’a dit : « Tu t’es bagarré ! ». J’ai répondu : « Non. Ecoutez : je fais 1m78, je fais du sport tous les jours. L’autre est maigrelet. Je suis défiguré. Mon blouson est arraché. Lui, il n’a rien. Si j’avais frappé, il serait à l’hôpital. Non, je ne me suis pas bagarré. » Il m’a dit : « T’es une victime alors ? C’est nouveau ! » « Oui, et je préfère comme ça. » Je ne crois pas qu’un homme puisse être assez fort pour se laisser
frapper et se laisser faire. Moi, ça m’est arrivé parce que j’étais habité d’une paix inouïe.

Témoin en prison

Je suis devenu témoin. J’ai commencé à prendre des gars en cellule, à aider des gars qui se droguaient ou se coupaient. Avec Philippe Maillard, nous avons créé un cercle biblique. De plus en plus les gars venaient vers moi. Je rayonnais… enfin c’est un grand mot, car ce n’était pas moi. Et pourtant, c’est pas facile de consoler un gars qui pleure parce qu’il ne sait pas s’il restera 8 ou 15 jours en prison quand vous en avez jusqu’à 60 ans!

Au bout de 17 mois de détention, on m’a dit que mon dossier allait être correctionnalisé: rebellion et coups et blessures avec armes, séquestration temporaire, etc… La tension était énorme : je risquais 2 ans ou la perpétuité. Osciller entre 10 ou 15 ans, c’est déjà énorme. Ca vous fait craquer un homme. Mais la perpétuité ! Finalement j’ai été condamné à 7 ans. C’est assez inouï ! Et j’ai été libéré en ayant bénéficié de 17 mois de grâce, ce qui est aussi tout à fait exceptionnel.

Un centre d’accueil

A ma sortie, j’ai travaillé bénévolement dans un centre d’action éducative pour jeunes délinquants, puis j’ai travaillé avec des débiles légers dans une institution dérivée de l’Arche de Jean Vanier.

Grâce à Philippe Maillard, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a proposé de m’occuper d’un foyer de 30 sortants de prison à Paris. Nous avons accepté ma femme et moi. J’ai créé ici un cercle biblique et un groupe de prière et les gars commencent à s’investir. Je leur parle avec vérité et authenticité. Un jeune disait dernièrement : « Jacky, c’est le seul homme que je connais qui vit Dieu sans complexe ».

C’est vrai. Par exemple, je porte une croix. Pourquoi ? Parce qu’à 36 ans, j’ai été pardonné, alors que j’étais condamné par la société. Par la Croix, mes péchés ont été rachetés. Je sais maintenant qu’aucun homme ne peut être déchu aux yeux de Dieu. Jamais. Dieu voit l’intérieur. Plus un homme est déchu, d’une manière sociale, plus il sera aimé par Dieu. C’est ça l’Amour de Dieu.

Source : témoignage extrait d’un ancien numéro d’Il est vivant!

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