La mort aura-t-elle le dernier mot ?

La mort aura-t-elle le dernier mot ?

La vie est un cadeau magnifique ! Mais la mort ne vient-elle pas comme le dernier mot d’une longue, parfois belle, histoire. Peut-on croire qu’elle soit vraiment le terme de notre vie ? Voici un témoignage extrait du livre d’Elisabeth Mathieu-Riedel, médecin, intitulé Ne pleurez pas, la mort n’est pas triste.

Hedi a 36 ans. Il est condamné. Atteint d’un cancer généralisé, il se retrouve dans une unité de soins palliatifs. Il y a six mois, il était encore directeur d’une agence de voyages en banlieue parisienne. Ce qui l’intéressait : la réussite et l’argent. Sa femme va prendre en main l’agence en suivant les conseils journaliers d’Hedi. Chaque jour, elle vient le voir pour passer de longs moments avec son mari. Son amour est beau à voir.

Les derniers instants d’Hedi

Je m’apprête à quitter la chambre avec les autres membres de l’équipe, afin de poursuivre la visite.
En me dirigeant vers la porte, je perçois une très grande angoisse dans le regard d’Hedi. Il voit mon hésitation et s’agrippe à ma main : « Restez, restez, ne me laissez pas ». Son agonie commence.

Il me demande de lui allumer une cigarette : je m’exécute. Il en tire quelques bouffées et me la redonne. Incapable de “tirer davantage”.
« J’ai soif »… J’attrape un verre d’eau sur la table. Il déglutit doucement, très doucement. Il est à bout de force. Son ventre, qui a diminué de volume, et ses membres frêles, décharnés, ne lui permettent plus de se hisser. Il ne boit que deux gorgées.

Hedi me demande alors de téléphoner à son épouse : « Là, prenez dans le tiroir, le petit carnet… Cherchez le numéro de téléphone de l’agence, appelez ma femme. Dites-lui de venir. Qu’elle se dépêche, c’est la fin ». Je cherche dans le tiroir : des tickets de P.M.U., une carte postale de Bretagne, un briquet et une photo de sa femme. Je trouve le répertoire et le numéro :
– Hedi voudrait que vous veniez très vite, dis-je à sa femme.
– J’ai encore du travail…
réplique-t-elle. Je lui avais dit que je viendrai après le déjeuner.
Hedi me regarde d’un air implorant :
– Tout de suite, qu’elle vienne tout de suite.
J’insiste.
– Vous pensez que c’est la fin ?
articule-t-elle à mi-voix.
– Oui, je le pense.

Elle raccroche. A-t-elle saisi l’urgence ? Pendant ce temps, Hedi respire de moins en moins bien. Il jette sa tête sur l’oreiller : «  Que c’est dur de mourir ! » 

Nous ne savons plus comment le soulager… Je lève les yeux vers le crucifix, comme cela arrive parfois.

Hedi ouvre les yeux et voit mon regard posé sur la croix :
– Vous priez pour moi ? me questionne-t-il.
– Oui. Voulez-vous que je continue ?
– Alors c’est bien la fin ?
– Je l’ignore, mais c’est vous qui le dites.
– Il acquiesce : « S’il vous plaît, continuez. »
La femme d’Hedi arrive… Hedi ouvre les yeux dès son arrivée.
« Tu ne t’es pas pressée », reproche-t-il à sa femme. Puis son ton s’adoucit : « je t’attendais pour mourir. »

Elle demeure maîtresse d’elle-même, s’assoit tranquillement tout près de lui et, joue contre joue, lui murmure des mots tendres.
« Mon bébé, mon bébé, je suis là, je t’aime… » 
Nous les laissons tous les deux seuls, dans un duo de tendresse. Ils resteront enlacés une vingtaine de minutes, unis dans un même dialogue. L’amour reste plus fort que la mort ! La mort n’aura pas eu le dernier mot.

Ne l’entendant plus respirer, elle nous rappelle… La respiration d’Hedi devient imperceptible. Il ne se réveillera pas. Hamadi, l’infirmier fera sa toilette mortuaire, en récitant des versets du Coran, selon les rites musulmans. Il le revêtira d’une djellaba blanche avant que le corps ne soit roulé dans un linceul de trois mètres et transporté en avion dans son pays d’origine.

Jean-Paul Sartre dit un jour : « La mort ôte (à la vie), par principe, toute signification ». Dans le dernier entretien qu’il accorda à un célèbre journaliste un mois avant sa mort, il déclara : « Je me suis trompé, j’aurais dû, avant, introduire la catégorie d’espérance. »

Poster un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.