L’éternité, c’est quoi ?

L’éternité, c’est quoi ?

Qu’est-ce que l’éternité, se demande Alex, étudiant. La réponse de Christophorus, doyen de sa faculté, sous forme de lettre ouverte (*).

Cher Alex,

Ta remarque, disant que l’éternité est beaucoup plus importante que le temps, a soulevé une difficulté dans ton esprit sur la vie après la mort.

« Le ciel et l’enfer peuvent-ils durer toujours ? ll me semble que les saints pourraient s’ennuyer ! Après tout, cela fait partie de la nature humaine de rechercher de nouvelles expériences, et quelles nouvelles expériences pourraient être ouvertes à ceux qui sont au ciel, si le ciel est la fin de leur voyage ? Pour ce qui est de l’enfer, je vois bien que certaines personnes peuvent refuser jusqu’à la toute fin de leur vie d’obéir à la volonté de Dieu, et donc ne jamais pouvoir aller au ciel. Mais cela peut-il réellement plaire à Dieu qu’ils souffrent pour toujours à cause de ce qu’ils ont fait sur terre ? Ne serait-il pas plus miséricordieux pour Lui de simplement les anéantir, s’ils refusaient de L’aimer ? »

ll est vrai qu’il est très difficile pour nous d’imaginer l’éternité. Pourtant, en tant qu’êtres spirituels – nous le sommes tous – il est naturel pour nous d’exister pour toujours d’une façon ou d’une autre.

De même que c’est une propriété pour l’oiseau de voler ou pour l’eau de s’écouler vers le bas, c’est une propriété de l’esprit d’être immortel. Notre âme est un esprit; la perpétuité est donc notre milieu, tout comme l’air pour un oiseau ou l’eau pour une baleine.

Dans cette vie, nous ne pouvons connaître cela qu’intellectuellement, par la foi, ou comme la conclusion d’un argument; mais, après la mort, je crois que nous le ressentirons également. Lorsque nous entrerons dans l’éternité, nous nous rendrons compte que c’est le milieu pour lequel nous étions faits.

Comment se sentirait un poisson qui serait né sur la terre et conduit ensuite à l’océan pour la première fois ? Rassure-toi, les saints ne s’ennuieront pas au ciel ! Pourquoi les gens s’ennuient-ils sur la terre? Manifestement, c’est parce qu’il n’y a pas assez de choses qui les intéressent. Peut-être n’ont-ils qu’un petit cercle de connaissances et que le travail qu’ils font ne demande pas beaucoup à leur intelligence ou à leur imagination. Et même ceux qui ont beaucoup d’amis et de relations ainsi qu’un travail passionnant peuvent parfois s’ennuyer, peut-être lorsque la maladie les empêche de voir du monde ou rend leur travail impossible.

Mais, même sur terre, je crois qu’il existe des gens qui ne s’ennuient pas. Mais qui sont-ils alors ? Ceux qui vivent pour Dieu. Les personnes de ce type ne tombent jamais à court d’occupations, puisqu’il existe toujours pour une personne quelque chose que Dieu veut qu’elle fasse. Ceux qui vivent pour Dieu peuvent certainement se fatiguer et ressentir une douleur physique ou morale, mais ils ne s’ennuieront pas. Déjà sur terre, ils sont unis à l’Un qui est la source de toute joie.

Si c’est vrai pour de telles personnes même sur terre, ça l’est bien davantage au ciel! Là, les saints ne travailleront plus pour Dieu; ils Le verront tel qu’ll est. Sa vue fera plus que satisfaire tous leurs désirs. Après tout, pourquoi les gens cherchent-ils de nouvelles expériences ? N’est-ce pas parce qu’ils expérimentent seulement des choses créées et limitées ? Une chose limitée peut nous satisfaire d’une certaine façon, mais jamais totalement.

Tu as probablement remarqué dans ton propre cercle d’amis que l’un d’eux fait appel à tel aspect de ton caractère, un autre à tel autre. C’est pourquoi même les meilleurs des amis — même un mari et une femme — désirent parfois se trouver loin l’un de l’autre. Aucune chose créée, pas même une personne que nous pouvons aimer plus que notre propre vie, ne peut satisfaire toutes nos aspirations. Car nous avons été faits pour un bien infini.

Dieu est ce bien infini. Il n’est pas une chose bonne et limitée, comme celles que nous pouvons posséder sur terre. ll est la bonté même. Alors, si un jour nous Le « possédons » comme les saints au ciel, nous ne pourrons jamais désirer rien d’autre.

Ce bonheur pourrait-il jamais s’éventer, te demandes-tu ? Non : les choses commencent à perdre leur charme pour nous, non pas seulement parce que nous les avons depuis quelque temps, mais parce que, dès que leur nouveauté disparaît, rien ne cache plus leurs limites. Mais, avec Dieu, cela n’arrivera jamais, car sa bonté est sans limites. Aussi Jésus-Christ a-t-il dit : « Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif. »

L’un de nos saints a dit: « Dieu seul suffit. » Tu peux comprendre que cela signifie, soit: « Rien ne nous suffit, à part Dieu »; ou: « Dieu nous suffit même en l’absence de tout le reste. » Même s’il n’y avait qu’une âme au ciel, elle serait au comble du bonheur pour toute l’éternité en la compagnie de la Sainte Trinité. Pourtant, en même temps que ce bonheur-là, les saints du ciel jouissent du bonheur de leur mutuelle compagnie.

Même l’amitié la plus profonde sur terre est seulement l’embryon de ce qu’elle sera au ciel. Là, les saints se connaîtront parfaitement l’un l’autre, et chacun d’eux connaîtra une amitié unique avec chacun de ses millions de compagnons. Non, il n’y aura aucune ombre d’ennui au ciel.

Mais qu’arrivera—t-il aux autres âmes, celles qui se choisissent elles-mêmes plutôt que Dieu ? Souviens-toi de ce que j’ai déjà dit: au moment où chaque âme quitte son corps, son « attitude » est fixée pour toujours. Alors, si une âme quitte cette vie en préférant sa propre volonté à Dieu, c’est ainsi qu’elle demeurera pour l’éternité. Tu te demandes pourquoi une vie de seulement 70 ou 80 ans, ou même beaucoup moins, déterminerait la destinée éternelle de l’âme. Mais quelle est l’alternative ? Imaginons que les hommes vivent 900 ans, comme nos Écritures sacrées disent que cela s’est produit. On pourrait toujours soulever la même objection, car que sont 900 ans comparés à l’éternité? Et il en serait de même pour 9000 ans ou 90000.

Aussi loin que nous allions, si nous acceptons que la mort fixe l’attitude de l’âme, il s’ensuit qu’une destinée éternelle est décidée par une vie finie.

Tu demandes si Dieu peut vouloir qu’aucune de ses créatures souffre pour l’éternité. Il ne peut vouloir cette souffrance pour elle-même, comme si elle Lui plaisait. Mais Il doit désirer ce qui est juste, puisqu’Il est la justice même. Alors, si un homme, durant sa vie sur terre, s’est livré à l’ambition, que ce soit pour le plaisir, le pouvoir ou l’argent, que doit-il lui arriver à sa mort ? Pendant sa vie, il a plus ou moins réussi à s’ôter la pensée de Dieu de l’esprit. A partir du moment où son âme quitte son corps, il ne pourra plus le faire. Son âme ressemble à Dieu, puisqu’elle est un esprit, et donc l’existence de Dieu lui deviendra une brûlante évidence. Mais cette âme a été fixée par la mort dans un état d’aversion de Dieu. L’âme désire que Dieu n’existe pas; que, pour sa propre autosatisfaction, il ne puisse y en avoir de vérification. Pourtant, elle se trouve désormais confrontée à Dieu, la réalité suprême, et, parce qu’elle désire plus que tout que Dieu n’existe pas, elle est torturée par cette rencontre. L’âme sait qu’elle a été faite pour être heureuse avec Dieu, pourtant elle Le hait, et elle ne peut plus se distraire avec aucun des plaisirs d’autrefois qui lui étaient permis durant sa vie.

Alors que doit faire Dieu avec une telle âme ? Doit-Il lui offrir la réconciliation ? L’âme la refuserait. Si Dieu disait à une telle âme : « Tes souffrances vont cesser et tu pourras entrer au paradis si tu renonces à ta mauvaise volonté et que tu Me sers », l’âme refuserait. Elle préfère demeurer pour toujours en enfer plutôt que d’accepter de servir Dieu.

Dieu doit-il alors l’anéantir, comme tu le suggérais ? S’Il le faisait, Il agirait à l’encontre de sa propre sagesse. ll est dit dans l’Écriture: « Il [Dieu] a tout créé pour l’être. » ll a fait toutes choses pour qu’elles reflètent une partie de sa gloire. Même les âmes perdues et les esprits déchus le font, bien qu’involontairement. Tout au moins, ils manifestent sa justice. S’Il les annihilait, ils ne le pourraient plus. Ce serait comme s’ils avaient finalement triomphé de Dieu. Mais ll agirait également contre leurs natures s’Il les anéantissait. Il est juste aussi naturel pour un esprit d’exister pour toujours que pour le feu de s’élever, et Dieu n’abolit pas les propriétés des choses qu’Il a créées. Il préserve la « dignité » de ses créatures, même lorsqu’elles se rebellent
contre Lui.

Il existe une autre raison pour laquelle Dieu n’anéantit pas ces esprits mauvais. Aussi étrange que cela puisse sembler, c’est ainsi qu’ll peut continuer à avoir pitié d’eux. S’ils n’existaient pas, ll ne pourrait plus les prendre en pitié; ainsi, Il montre sa pitié même envers les damnés, car ils ne reçoivent pas un
châtiment aussi grand que leur haine de Dieu le mérite.

Nous avons besoin de penser parfois à cette perte finale, mais pas trop. Préférons plutôt penser à la volonté de Dieu que « tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité », afin d’être avec Lui pour toujours dans le ciel.

Avec tous mes vœux,

Christophorus

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(*) Tiré de 33 clés pour chrétiens déboussolés, par le Père Thomas Crean, dominicain, diplômé en théologie à Oxford et à l’Institut Saint-Thomas d’Aquin de Toulouse.

 

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