Dieu réclame-t-il le sacrifice de notre intelligence ?

Dieu réclame-t-il le sacrifice de notre intelligence ?

Dieu réclame-t-il le sacrifice de notre intelligence ? La réponse du philosophe Paul Clavier, normalien.

Dans beaucoup de traditions religieuses, on oppose la foi en Dieu à l’usage de la raison. La foi serait humble obéissance, et la raison orgueil de l’intelligence. On répète, en dehors de son contexte, le slogan – d’ailleurs inexact – de Tertullien (II° siècle après Jésus-Christ) : credo quia absurdum (je crois parce que c’est absurde) ! On répète à l’envi que « la sagesse du monde est folie au regard Dieu » (sans se demander ce que signifie exactement
sagesse du monde). À la suite de son fameux Pari, Pascal envisage l’objection de quelqu’un qui n’arrive pas à se décider à croire en Dieu :

Je suis fait d’une telle sorte que je ne puis croire. Que voulez-vous donc que je fasse ? – […] suivez la manière par où ils ont commencé. C’est en faisant tout comme s’ils croyaient, en prenant de l’eau bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira.

Pourtant, si Dieu exigeait, de but en blanc, le sacrifice de notre intelligence (il sacrifizio de l’intelletto, comme disent les Italiens), il serait bien bête.

Car cela reviendrait à détruire l’exercice d’une faculté qu’il nous aurait donnée, et qui est notre seule boussole pour différencier une foi raisonnable d’une superstition dangereuse.

Un siècle après Pascal, Diderot se plaignait de ce sacrifice, comme d’un tour de passe-passe indigne de Dieu :

Lorsque Dieu, de qui nous tenons la raison, en exige le sacrifice, c’est un faiseur de tours de gibecière qui escamote ce qu’il a donné. Si je renonce à ma raison, ajoutait-il, je n’ai plus de guide…

Il insiste :

Si ma raison vient d’en haut, c’est la voix du ciel qui me parle par elle ; il faut que je l’écoute.

Il serait étonnant que la raison, bien employée, contredise la foi, si l’une et l’autre ont la même source. D’ailleurs, après avoir dit que pour se convertir il fallait s’abêtir, Pascal corrige lui-même dans les Pensées :

Si on soumet tout à la raison, notre religion n’aura rien de mystérieux et de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule.

Entre la raison athée et la bêtise croyante, n’y a-t-il pas place pour une troisième voie ?

Poster un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.