François, responsable de pompes funèbres : « La mort fait partie de la vie » 

François, responsable de pompes funèbres : « La mort fait partie de la vie » 

François Cruciani est conseiller funéraire et responsable d’une agence de pompes funèbres indépendante, PF33 – Le choix funéraire, à Bordeaux-Caudéran. En cette veille de la Toussaint, il revient pour nous sur son métier et son expérience auprès des familles en deuil.

Lavieapreslamort.com : Quel est le sens de votre métier ?

François Cruciani : C’est un métier d’accompagnement des vivants : les défunts, malheureusement, on ne peut plus rien pour eux… C’est toujours un moment délicat à passer pour la famille. C’est aussi un métier d’événementiel dans lequel on n’a pas droit à l’erreur : autant que ce soit un bel évènement, comme c’est le dernier !

Lavieapreslamort.com : Comme membre d’un service de pompes funèbres, vous côtoyez la mort tous les jours : en avez-vous peur ?

F. C. : Ce serait une bêtise de dire le contraire : on doit apprendre à croiser la mort et ses victimes avec une bonne distance, en sachant que ce sont les familles qui portent le deuil, pas nous. Pour tout un chacun, avoir peur de la mort, c’est normal : on sait tous qu’on va mourir un jour, d’ailleurs on ne connaît ni le jour ni l’heure et cela vaut mieux ainsi, sinon cela serait insupportable !

Lavieapreslamort.com : Comme catholique, qu’est-ce que cela change pour vous ?

F. C. : Mon accompagnement se veut bienveillant… et catholique, sans m’en cacher. Avant chaque entretien avec une famille en deuil, je me confie toujours à l’Esprit Saint. Non pas pour prétendre la consoler, mais pour trouver les bons mots, ne pas froisser ces personnes en souffrance. Je ne suis pas psychologue, je suis là simplement pour les accompagner. J’essaye de mieux connaître les dernières volontés du défunt, s’il les avait soumises, ou sinon à travers l’expérience familiale…

Lavieapreslamort.com : Qu’est-ce qui a évolué, selon vous, ces dernières années, dans les funérailles, en France ?

F. C. : On s’oriente de plus en plus vers la crémation – tolérée par l’Eglise : dans ma fonction précédente, je dirigeais un funérarium, où il y avait 70% de crémations. Les familles choisissent souvent l’incinération faute de places dans les cimetières et pour des raisons de coûts, mais cela me rend un peu triste : en tant que catho, je trouve que la crémation manque d’espérance en la résurrection des corps : c’est pourtant bien ce qui va se produire à la fin des temps ! Et je suis attaché au respect du corps, particulièrement celui des défunts, que l’incinération malmène quelque peu…

Lavieapreslamort.com : Que vivent les proches au moment de la mort d’un être cher ?

F. C. : En général, ceux qui ont pu se préparer à la mort d’un proche parviennent à surmonter l’épreuve. Pour d’autres, lorsque c’est un drame, inattendu, subi et violent, c’est très dur. Les proches passent d’un éventuel moment de déni, à un temps où ils s’effondrent, avant de commencer, enfin, à remonter la pente…

Lavieapreslamort.com : Comment l’Eglise et les catholiques peuvent-ils alors accompagner ces familles ?

F. C. : Nous devons les orienter et les accompagner, avec un sens profond d’une écoute qui doit se faire vraie compassion. Comme catholique, là encore, je n’hésite pas à leur dire : “je prierai pour vous, et si vous le désirez, on peut prendre un temps de prière ensemble” – ce qui arrive souvent.

Lavieapreslamort.com : Si vous aviez trois conseils à donner à une famille pour réussir au mieux les funérailles d’un être cher, ce serait… ?

F. C. : Premièrement, la mort est aujourd’hui, en France, un sujet tabou, pour de nombreuses raisons : mourir est un échec, en particulier de la médecine… Alors je conseille vivement d’en parler à ses proches, de son vivant, bien sûr ! Deuxièmement, à mettre par écrit ses dernières volontés sur le sujet. Troisièmement : bonne chance, vivez bien ! Force et honneur ! Robustesse !

Lavieapreslamort.com : Votre entourage vous connaît pour être quelqu’un de très drôle : cela vous arrive-t-il de vous servir de votre humour, lors des enterrements ?

F. C. : Complètement ! Ça m’arrive quand l’entretien s’y prête : tout en restant respectueux, j’essaye de démystifier et de ramener la mort à quelque chose qui fait partie de la vie. D’ailleurs, dans mon métier comme dans la vie, c’est important aussi de bien rire, il faut une note d’humour !

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